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Friday, 18 November 2016


A la veille de la COP21, tous les pays participant à la Conférence de Paris ont été invités à remettre leurs propositions pour lutter contre le changement climatique. Malgré quelques réfractaires (notamment les pays exportateurs de pétrole), la grande majorité s'est acquitté de cette formalité dans les temps.
Ces documents (appelés INDC) contiennent les objectifs de chaque pays pour 2030. Avec un peu de patience, leur analyse permet de calculer les futures émissions de gaz à effet de serre et de dessiner la géopolitique du carbone pour les 20 ans à venir...

Dans cet article, je vous propose mes propres calculs pour les 10 plus gros émetteurs de la planète : Chine, États-Unis, Union Européenne à 27, Inde, Russie, Japon, Brésil Canada, Indonésie et Australie.
Comme d'habitude, l'ensemble des calculs et les hypothèses utilisées sont accessibles. Je vous recommande de les consulter si vous souhaitez réutiliser ces chiffres.

Pour un aperçu rapide, cette infographie présente l'évolution des émissions de gaz à effet de serre par habitants entre 1990 et 2030 :
Infographie : emissions de gaz à effet de serre par habitant pour les 10 plus gros pollueurs en 1990, 2010 et 2030 (d'après les INDC remises avant la COP21)


Évolution des émissions de gaz à effet de serre en valeur absolue


Commençons par les émissions totales de gaz à effet de serre. En 2030, les dix plus gros pollueurs de la planète devraient émettre un peu plus de 35 milliards de tonnes équivalent-CO2 contre 28GTeqCO2 en 2010.
La répartition est la suivante :
Emissions de gaz à effet de serre des 10 plus gros pollueurs de la planète, historique et projection à 2030

On voit qu'en 2030, le classement est très largement dominé par la Chine et l'Inde, responsables des 2/3 du total. Suivent de loin les États-Unis puis l'Union Européenne. L'Indonésie qui était dernière de ce top10 en 1990 atteint la 5e place. La Russie poursuit sa régression et est dépassée par le Japon. En bas de classement, on trouve le Brésil, le Canada et l'Australie.


Les émissions de CO2 par habitant


Mais les émissions totales ne sont pas un très bon indicateur : Comment comparer, par exemple, l'Australie et le Brésil alors que le second est dix fois plus peuplé ?
Pour se faire une idée plus exacte des efforts réalisés par chacun, il faut calculer les émissions par habitant. Et celles-ci racontent une autre histoire :
Emissions de CO2 par habitant passées et futures (prospective à 2030) dans les 10 pays les plus polluants du monde
L'Australie et le Canada qui étaient en queue de classement se retrouvent premier et deuxième, suivis des États-Unis. Malgré une baisse sensible de leurs émissions, la hiérarchie des pires pollueurs de la planète n'est pas modifié : ces trois pays sont déjà sur le podium aujourd'hui...
Arrive ensuite la Chine dont les émissions par habitant s'approchent de celle des États-Unis ! Les émissions indiennes aussi connaissent un bond spectaculaire : elles sont multipliée par 3 en 20 ans.

Dans le sens inverse, les européens polluent de moins en moins : avec des émissions par habitant pratiquement divisée par 2 entre 1990 et 2030, ils se trouvent en 2030 derrière l'Inde ou l'Indonésie.
Enfin, il faut saluer l'ambition brésilienne : compte-tenu de la croissance de sa population, il réalise un effort considérable. Si les objectifs définis dans son INDC sont tenus, ses émissions par habitant devraient avoir baissé de moitié en 2030 par rapport à 2010 !

Que signifient ces évolutions pour les négociations internationales sur le climat ? C'est l'objet d'un autre article que vous pouvez retrouver ici.


Publié le 5 octobre 2015 par Thibault Laconde, dernière mise à jour le 19 juillet 2016. 


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Monday, 14 November 2016


La loi Brottes "visant à préparer la transition vers un système énergétique sobre" a été proposée en septembre 2012 et adoptée par l'Assemblée le 12 mars 2013. Elle portait notamment sur l'instauration d'une tarification progressive de l'énergie, rebaptisée pour l'occasion "bonus-malus énergie".
Cette mesure a été longuement débattue et a connu un parcours parlementaire tourmenté. Ultime rebondissement le 11 avril : la censure par le Conseil Constitutionnel de l'article 2 de la loi, justement celui qui créait le mécanisme de tarification progressive.

Le débat a aussi eu lieu aussi sur ce blog : mon analyse de la loi Brottes lors de son dépôt en septembre a reçu 7000 visites et 45 commentaires, les autres articles liés à ce sujet, comme celui sur le système californien, ont également été très visités et partagés.

Les réactions étaient globalement défavorables au système de bonus-malus. Les critiques reçues par mes articles recoupent d'ailleurs souvent (quoiqu'en termes un peu plus directs) celles qui ont fondé la saisine du Conseil Constitutionnel.
J'ai essayé de répondre aux commentaires au fur et à mesure. Je reprend ici avec mes réponses ceux qui sont revenus le plus souvent ou qui m'ont paru les plus intéressants.


Faire varier le prix de vente en fonction du client, cela ne trouble personne ? Elles sont où, au juste, l'égalité et l'équité?" en langage de constitutionnalistes : "rupture d’égalité devant les charges publiques"

Cette critique - qui concerne le principe même de la loi : faire varier le prix de l'énergie en fonction de la consommation - est finalement assez rare.
En effet, dans un pays qui s'étend sur une dizaine de parallèles, il est évident qu'une même personne habitant le même logement avec les même habitudes aura une consommation d'énergie différente selon qu'elle se trouve au sud ou au nord. Revendiquer des tarifs identiques par unité d'énergie consommée pour une famille de 5 personnes dans une maison à Roubaix et un célibataire en immeuble à Nice relève d'une conception un peu particulière de l'égalité...

Toute la difficulté de la loi Brottes est de calculer sans trop d'erreur le niveau raisonnable de consommation de chaque ménage. Le texte a pris en compte de nombreux cas particuliers : immeubles collectifs, résidence secondaire, garde alternée...
Il y aura toujours des situations imprévues : certaines personnes bénéficieront de façon indue du bonus, d'autre seront sanctionnées par un malus sans avoir été particulièrement dispendieuses. Reste que la tarification progressive est globalement bien plus équitable que le système précédent.
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Tuesday, 8 November 2016


Après un aperçu des technologies disponibles que je vous ai proposé récemment, je suis en train de réfléchir à un article plus général sur le potentiel du captage et de séquestration de CO2 pour lutter contre le changement climatique. Pour me faire une idée, j'ai fait le calcul ci-dessous que je vous propose en attendant.
Ce calcul s'appuie sur l'exemple de l'Allemagne mais j'aurais tout aussi bien pu les faire avec d'autres pays qui mettent en avant la capture et le stockage de carbone comme une solution pour concilier leurs engagements en matière d'émissions de CO2 et un mix électrique largement tourné vers les énergies fossiles.
Energie et developpement - centrale thermique de Neurath (Allemagne) et captage du carbone
Neurath, une des plus grandes centrales au lignite d'Allemagne
(en cours d'extension)
En 2009, l'Allemagne produisait environ 260TWh par an dans des centrales à charbon, pour l'essentiel grâce au lignite extrait localement (150 millions de tonnes sur un total de 180). Pour simplifier, faisons l'hypothèse que l'ensemble du charbon utilisé pour la production d'électricité en Allemagne est du lignite. 
Imaginons qu'une proportion significative des centrales à charbon allemandes soit équipée d'un système de captage du dioxyde de carbone. Quelles seraient les conséquences en termes de consommation d'énergie, de coût et d'émission de gaz à effet de serre ?
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Tuesday, 1 November 2016


[Mis à jour le 30/11/2015] Pendant la première quinzaine de décembre 2015, la France accueillera la 21e conférence de l'ONU sur le changement climatique (alias COP21). Cet événement exceptionnel - 40.000 personnes venant de près de 200 pays se réuniront à Paris pour tenter de parvenir à un traité limitant les émissions de gaz à effet de serre - sera accompagné par une foule de rendez-vous, de conférences et de mobilisations destinées aux professionnels comme au grand public.

Vous voulez participer à cet événement planétaire ? Approfondir vos connaissances sur le changement climatique ? Ou simplement profiter du bouillonnement culturel autour de la COP21 ? A vos agendas...

> La COP21 est terminée... Mais beaucoup reste à faire. Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez consulter mon études sur les prochaines étapes de la lutte contre la changement climatique après l'Accord de Paris


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Tuesday, 25 October 2016


Finance et changement climatique : divestment, risque carbone, activisme actionnarial
Vous n'associez pas a priori Standard & Poor's à la lutte contre la changement climatique ?
Vous avez peut-être tort : en avril, l'agence de notation a averti que le changement climatique aurait un impact sur la solvabilité des entreprises - elle avait déjà lancé un avertissement similaire l'année dernière pour les dettes souveraines. A terme, elle pourrait prendre en compte la résilience au changement climatique dans sa méthodologie de notation : Imaginez ce qu'il se passerait si, d'un seul coup, les entreprises qui émettent le plus de gaz à effet de serre ou qui sont mal préparées aux effets du réchauffement voyaient leurs notes baisser...


> Pour une mise à jour après la COP21, n'hésitez pas à télécharger cette études des conséquences économiques et technologiques de l'Accord de Paris




Les financiers de plus en plus sensibles aux risques climatiques


Refuser de placer son argent dans les industries les plus polluantes ou le retirer progressivement (le désinvestissement ou "divestment" en anglais) était jusqu'à assez récemment un comportement militant. Les universités anglo-saxonnes, poussées par leurs étudiants et professeurs, s'y sont illustrées depuis quelques années comme d'autres fonds déjà impliqués dans l'investissement socialement responsable.
Mais depuis le sommet de New York en septembre 2014, c'est l'ensemble de l'industrie financière qui commence à s'intéresser au climat, et le prendre en compte dans les décisions d'investissement est de moins en moins tabou... Dans une étude récente, Novethic a recensé les investisseurs internationaux qui ont pris des engagements en matière de changement climatique. Résultats :

"550 banques, assurances, fondations, etc. gérant plus de 22.000 milliards d'euros se sont déjà engagées pour le climat."




Pourquoi ? Parce que les investisseurs perçoivent désormais des risques réels pour la valeur de leurs portefeuilles :
  1. Risque carbone, c'est-à-dire le risque de voir les entreprises très émettrices en gaz à effet de serre perdrent de la valeur parce que de nouvelles réglementations rendent leurs opérations plus difficiles, voire remettent en cause leur business-model. Les premiers concernés sont les énergéticiens qui détiennent des réserves de pétrole, de charbon ou de gaz : ces actifs ont-ils encore une valeur alors que la communauté internationale s'est engagée à limiter le réchauffement à 2°C, ce qui implique de laisser dans le sol un tiers des réserves de gaz, deux tiers de celles de pétroles et 80% du charbon ?
  2. Risque climat, c'est-à-dire le risque que le changement climatique mette des entreprises en difficulté. C'est par exemple le cas de l'agro-alimentaire : est-il réellement préparé pour faire face à une baisse des rendements agricoles ou à un accès plus difficile à l'eau ?
Les investisseurs sont en train de réaliser que la combinaison de ces deux risques rend les investissements dans certaines entreprises hasardeux. Et cette prise de conscience pourrait avoir un très fort effet de levier : en détournant le capital des entreprises carbo-intensives, elle peut rendre instantanément plus difficile les investissements dans de nouvelles énergies fossiles comme les sables bitumineux ou le gaz de schiste. A l'inverse, les entreprises résilientes au changement climatique ou peu émettrices pourront accéder plus facilement aux fonds.


Et après ? Comment mettre (et garder) le secteur financier sur la voie des 2°C ?


Il est bien entendu trop tôt pour ce réjouir. Cette évolutions pose de nombreuses questions : Comment mesurer l'empreinte carbone d'un portefeuille ? Peut-on décliner dans le domaine de la finance l'objectif des 2°C ? En particulier, comment faire en sorte, non seulement de ne plus investir dans les activités polluantes, mais aussi de financer celles qui permettent la transition comme l'efficacité énergétique ou les énergies renouvelables ?
Une question très concrète par exemple : faut-il réellement désinvestir ? Certes ça rendra la vie des pétroliers plus difficiles mais ça ne les incitera pas vraiment à améliorer leurs pratiques. Ne vaudrait-il pas mieux continuer à investir dans le secteur des énergies fossiles mais seulement chez les "best in class", les entreprises qui font de réels efforts ?
De nombreux travaux sont en cours sur ces sujets, notamment chez le World Ressource Institute qui devrait les publier pendant la Climate Week en mai prochain.

Enfin, et surtout, la finance est une affaire d'anticipation. Si le secteur bouge aujourd'hui, c'est parce qu'il anticipe des réglementation plus sévères. Il ne continuera pas longtemps dans cette voie si la mobilisation de la société civile s’essouffle ou si les gouvernements semblent incapables de limiter réellement les émissions de gaz à effet de serre.
Un changement important est peut-être en train de prendre forme mais il reste fragile... et notamment conditionné à la réussite de la conférence de Paris sur le Climat !

Illustration : By Harald Bischoff (Own work) [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons

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